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"L'écrivain est celui qui cherche autant en lui qu'en les autres", Antonio Soler
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Les femmes qui lisent sont dangereuses

   

Les femmes qui lisent sont dangereuses

En général les femmes sont des lectrices plus assidues que les hommes. En 2005, un sondage pancanadien a établi que six lecteurs réguliers sur dix et sept gros lecteurs sur dix étaient des femmes. Dans un très beau livre intitulé Les femmes qui lisent sont dangereuses, Laure Adler et Stefan Bollmann ont retracé l’histoire de la lecture chez les femmes, à partir de l’interdiction qu’on leur a faite d’abord de lire la Bible, même si, dans les peintures qui figurent l’Annonciation, la Vierge Marie elle-même est souvent représentée un livre à la main.

« Dès l’instant où elles envisagent la lecture comme une possibilité de troquer l’étroitesse du monde domestique contre l’espace illimité de la pensée, de l’imagination, mais aussi du savoir, les femmes qui lisent deviennent dangereuses », écrivent les auteurs. Alors qu’au XVIIe siècle on considérait qu’une femme érudite était perdue pour le mariage et que, dans les siècles suivants, le clergé a constamment tenté, au Québec, de limiter l’accès à la lecture, on prétend aujourd’hui encourager tout le monde à lire, le plus souvent possible. Il en est d’ailleurs certains qui vont jusqu’à exprimer une certaine nostalgie pour les plaisirs interdits.

De La Jeune fille lisant de Fragonard à Marilyn lit Ulysse d’Eve Arnold, en passant par Vermeer, Matisse, ou plus proches, Vanessa Bell, Edward Hopper et Lee Miller, les femmes sont toutes prises en « flagrant délice » de lecture.
Les femmes qui lisent sont dangereuses
est une galerie de portraits rares et sensuels que vous propose ce superbe livre d’art. Faites mentir le titre en l’offrant à toutes les « dangereuses » lectrices de votre connaissance ! Voir la source.

Découvrez un extrait de ce livre :

« D’abord il y a ses mains repliées sur elles-mêmes portant l’objet comme s’il était sacré. On sent le corps tout entier concentré, les muscles mais aussi l’intérieur, ce qu’il y a derrière la surface de la peau, ce qui se passe à l’intérieur de nous, ce qui ne concerne que nous, ce qui ne peut pas, ne veut pas forcément se dire. Nous les femmes et eux les livres.

Car les livres ne sont pas des objets comme les autres pour les femmes ; depuis l’aube du christianisme jusqu’à aujourd’hui, entre nous et eux, circule un courant chaud, une affinité secrète, une relation étrange et singulière tissée d’interdits, d’appropriations, de réincorporations.

Car un texte, signé ou pas, constitue pour les femmes un puits de secrets, un vertige, une possibilité de voir le monde autrement, voire de le vivre autrement, peut donner l’élan de tout quitter, de s’envoler vers d’autres horizons en ayant conquis, par la lecture, les armes de la liberté.

Ce n’est sans doute pas un hasard qu’aux femmes le livre le livre des livres fut d’abord interdit. Il fut dans les mains du Christ, puis de tous les hommes qui l’accompagnent, puis de tous ceux qui fondent l’Église innombrable cohorte des hommes qui, dans les tableaux flamands ou italiens, portent le livre-tabernacle, incarnation du miracle de la continuité du croire.
Du sacré donc point de femmes. Seuls les hommes ont le droit d’y toucher. Mais les peintres vont aussi se mettre à représenter ce que l’Église enseigne et qui par essence ne se voit pas. Pour orner les églises, pour répondre aux commandes des princes, des ecclésiastiques, pour nous faire croire que l’invisible existe et que ce qu’enseigne la doctrine de l’Église existe la preuve, ils peuvent le peindre.

Et c’est là que la femme surgit, qu’elle obtient l’autorisation d’exister dans le cadre. La femme s’appelle bien sûr Marie, et lorsque l’ange vient lui annoncer la bonne nouvelle, Marie est en train de lire, Marie est dérangée, Marie est effrayée, Marie se rétracte, se replie mais pour autant ne perd pas ses esprits, car elle couvre de sa main ce livre qu’elle est en train de lire tout en introduisant son pouce à la page où elle a été interrompue. C’est dire que le livre l’emportait ailleurs, dans un ailleurs dont elle ne veut pas perdre le fil, même si ce que lui dit l’Ange crée le séisme : « Je te salue, tu es pleine de grâce, le Seigneur est avec toi, tu es bénie entre toutes les femmes. Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce aux yeux de Dieu. »

Le livre que tient Marie est un livre d’heures, un livre rouge, un livre personnel, un livre qu’elle lit en silence et avec qui elle fait corps. L’ange la dérange, c’est une évidence. Avec le livre donc, objet protecteur, miroir d’elle-même, possibilité de retournement contre l’irruption du messager de la parole divine. »

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Classé sous: Description d'un livre

Publié par Stéphanie à 9:55

1 Commentaire
Eva
8 février 2008

Dangereuse, je ne sais pas mais passionnée par les livres, oui je le suis !
Ce livre pique ma curiosité, je pense que je vais le lire.

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