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25

Les lectures de voyage de Maryse Rouy

   

Notre bloggeuse invitée d’aujourd’hui est Maryse Rouy, auteure de la saga Une jeune femme en guerre.

Elle nous parle de ses lectures favorites.

« J’appartiens à cette partie de l’humanité pour qui le pire cauchemar serait de se trouver en panne de lecture. Dans la vie de tous les jours, j’ai deux bibliothèques et plusieurs librairies à distance de marche, mais en voyage, cela peut devenir un problème, surtout lorsque la destination est un pays non francophone ou un lieu bucolique, mais culturellement désert. Il m’est arrivé une fois, à cause d’un départ d’avion retardé, de finir mon roman au milieu de l’Atlantique. J’ai connu un moment de panique intense avant de trouver la seule solution à ma portée : recommencer le livre au début.

Lorsque je prévois un voyage, je repère des « pavés » qui me tentent, mais que je me retiens de lire pour les réserver à ce type de situation d’urgence. Ce printemps, ce fut le cas pour deux d’entre eux.

Pour le décalage horaire, qui exige de fortes munitions, je me pourléchais à l’avance d’une trilogie de polars de l’auteur suédois Stieg Larsson dont tous les amateurs du genre avaient dit le plus grand bien.1939 pages qui ont transformé les interminables séances d’insomnie en moments de plaisir. À vrai dire, la dernière nuit, j’étais prête à dormir, mais j’en étais aux dernières centaines de pages du dernier tome que je n’ai pas pu lâcher. Les titres sont déjà tout un programme : Les hommes qui n’aimaient pas les femmes, La fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette et La reine dans le paradis des courants d’air. Sous la plume de Larsson, nous retrouvons la Suède et sa culture auxquelles Henning Mankell nous a familiarisés. L’intrigue est forte à souhait, il y a beaucoup de péripéties, des méchants très méchants, et un héros masculin, Mikael Blomkvist, comme tout adepte de polar les aime : pas trop regardant sur la légalité si c’est le seul moyen de faire triompher une cause juste. Là où c’est plus original et où le lecteur est quelque peu perturbé, c’est avec l’héroïne féminine, Lisbeth Salander. Elle a connu des choses terribles, que l’on découvre peu à peu, et on voudrait que sa vie devienne enfin plus facile, mais elle est si totalement dépourvue de moralité et si atypique qu’on ne parvient à s’identifier à elle. La lectrice que je suis s’en est trouvée agréablement déstabilisée et, ma foi, cela a ajouté au plaisir. Je dois vous avouer qu’il y a un passage un peu longuet au début du troisième tome. Mais qu’est-ce que deux cents pages pour qui voyage dans un océan de prose ?

Pour un séjour à la campagne, où l’approvisionnement n’est pas aisé, je m’étais gardé en réserve le dernier roman d’Anna Gavalda, que j’avais pourtant terriblement envie de lire : La Consolante. Ce que les critiques lui ont reproché, c’est à juste titre : son parti pris de supprimer les pronoms personnels sujets gêne la lecture parce qu’on ajoute mentalement le mot manquant ce qui finit par lasser. Si je l’avais pu, j’aurais écrit au complet les mots qu’elle a écrits à moitié, et que, là aussi, on complète machinalement et j’aurais enlevé quelques dizaines de points de suspension. Mais… Mais c’est Gavalda, et on lui pardonne, à cause de sa façon de poser la phrase, de sa tendresse, de sa générosité, de sa culture, de son humour. Elle aime ses personnages et elle nous les fait aimer. De temps à autre, j’ai écrasé une larme. Parfois, j’ai éclaté de rire. Je l’ai lu trop vite. Je vais le relire.

À butiner en tout temps : de la poésie. Je ne pars jamais sans un recueil de poésie dans le sac. Pour en lire une page ou deux ou seulement quelques vers. Pour savoir que je l’ai à portée de main quand je voudrai autre chose qu’une longue histoire bien ficelée. Gabriel Landry a publié l’automne dernier un recueil intitulé L’Å“il au calendrier (éd. Québec Amérique). Il y parle de la vie quotidienne dans Hochelaga où il vit. Il arpente le quartier, l’observe au fil des saisons et nous oblige à porter sur la ville un regard nouveau. Jugez plutôt :

Le flux des voitures s’interrompt puis recommence aux caillots jaunes, rouges, puis verts de la ville artérielle. »

Merci à Maryse Rouy de nous avoir fait partager ses lectures !

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Classé sous: Entrevue d'auteur

Publié par Stéphanie à 15:44

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