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La stratégie des antilopes

   

la strategie des antilopesJ’aimerais vous parler aujourd’hui d’un livre essentiel sur l’Afrique, l’homme, le mal, La stratégie des antilopes de Jean Hatzfeld.

2003. Les prisonniers condamnés pour génocide sont libérés et retournent dans leurs villages. Les massacreurs hutus et les rescapés tutsis sont condamnés à revivre ensemble. Fait unique dans l’ Histoire. Que peuvent désormais se dire Pio qui participa aux tueries et Eugénie qui fut une de ses proies ? Comment partager le quotidien, Dieu et le foot ?
Explorateur subtil de l’âme, Jean Hatzfeld parvient à faire accoucher les uns et les autres de stupéfiants aveux.

Pierre Michel d’Evene.fr nous donne son avis :

« A travers le chassé-croisé d’entretiens et de propos recueillis, La Stratégie des antilopes montre l’irrémédiable scission entre les Tutsis, décimés, et les Hutus, à l’heure de leur libération. D’un côté, les anciens détenus, seuls dépositaires d’une connaissance claire des événements, et de l’autre les rescapés, qui après avoir été poursuivis des semaines durant dans la boue et les buissons, hésitent à confier leur intimité du génocide. Si celle-ci ne se confie pas à n’importe qui, Jean Hatzfeld réussit à exposer toute la complexité du Rwanda.

En mettant côte à côte les propos des deux ethnies, il montre des discours en vase clos et les tensions masquées par des conventions et leur cortège de faux-semblants. C’est son talent que d’avoir su les inciter à parler, malgré les réticences, de les avoir écoutés et d’avoir su déceler les fêlures les plus intimes tout en conservant la pudeur nécessaire face à la tentation voyeuriste. Cette vérité du génocide est dans la bouche des tueurs, qui la manipulent, la dissimulent, et des morts qui ne peuvent en témoigner. Ces tueurs qui la distillaient au sein des gaçaças – des tribunaux locaux – afin de favoriser leur libération, sont dorénavant libres et se taisent en n’espérant en majorité plus le pardon face à l’insignifiance de leur punition.

Quant aux morts dont les survivants ne peuvent retrouver les corps, enfouis lors du génocide, ils symbolisent l’impossibilité du recueillement ainsi que l’effacement progressif du souvenir des sentiments de l’époque. Si les faits demeurent, avec leurs tueries et bains de sang, les Tutsis se retrouvent séparés d’eux-mêmes, de leur histoire et leur amour propre. Ils incarnent la plaie, encore béante et exsangue, du Rwanda.

Plus de dix ans après un génocide qui a fait plus de 800.000 morts, Jean Hatzfeld fait le constat sobre et capital d’une génération qui doit maintenant vivre en silence, selon les impératifs qu’exige un pays qui n’a plus qu’à espérer une lointaine réconciliation. »

Sonia Roseberry, membre de Québec Loisirs, nous dit ce qu’elle en pense :

« Voici un récit unique rempli de vérité. Une vérité parfois crue, mais des mots d’une justesse inouïe auxquels j’avais peine à croire. Ressentir ce qu’ils ont ressenti ? Impossible. Je n’oserais même pas m’en approcher… »

Je vous propose d’en découvrir un extrait :

« Quand Satan a proposé les sept péchés capitaux aux hommes, l’Africain a tiré la gourmandise et la colère. J’ignore s’il les a choisis au premier tour ou au dernier. Ni ce que les Blancs ou les Asiatiques ont attrapé pour eux, car je n’ai pas voyagé dans le monde. Mais je sais que ce choix nous sera toujours contrariant. La convoitise souffle sur l’Afrique plus de chamailles et de guerres que la sécheresse ou l’ignorance. Et dans le brouhaha, elle a réussi à souffler un génocide sur nos mille collines. »
Comme pour les alléger, Claudine Kayitesi interrompt ces paroles sur un lent sourire, et ajoute : « Je suis contente d’être africaine, car sinon je ne pourrais être contente de rien. Mais fière en tout cas pas. Peut-on être fière si on se trouve gênée ? Je suis simplement fière d’être tutsie, ça oui, absolument, parce que les Tutsis devaient disparaître de la terre et que je suis bien toujours là. »

Lors de ma dernière visite, deux ans plus tôt, Claudine occupait l’ancienne maison de sa cousine, en compagnie d’une marmaille des environs, en haut d’un chemin abrupt sur la colline de Rugarama. Une maison en pisé, déjà très lézardée et couverte de tôle rouillée, mais entourée d’un magnifique jardin odorant, soigné de ses propres mains. Derrière, une cahute abritait les marmites et l’enclôs d’un veau.
Depuis, les paysans des champs limitrophes sont sortis du pénitencier, en particulier l’assassin de sa s ur, qu’elle appréhende de croiser à la nuit tombée. Elle a donc été soulagée de quitter les lieux et de suivre, sur une autre parcelle, son mari Jean-Damascène, ancien camarade d’école primaire, au lendemain d’un mémorable mariage qu’elle raconte ainsi : « Avec mon époux, on s’est reconnus il y a deux ans, on s’est d’abord échangé des paroles d’amitié, on s’est envisagés à la Nouvelle Année, on s’est accordés en juillet. Le mariage a été une fête grandiose, les choristes l’ont préludé en pagnes ornementaux, comme sur les photos ; j’ai vêtu les trois robes traditionnelles, mon mari a caché ses mains dans les gants blancs, l’église a proposé son enclos et ses nappes, trois camionnettes transportaient la noce, des Fanta, du vin de sorgho et des casiers de Primus, évidemment. L’ambiance nous a pris quelque trois jours inimaginables. Grâce au mariage, le présent montre un gentil visage, mais le présent seulement. Parce que je vois bien que l’avenir est déjà mangé par ce que j’ai vécu. »

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Classé sous: Description d'un livre

Publié par Stéphanie à 9:27

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