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Zhimei Zhang – « Beaumont : une tache de bleu dans le rouge » – épisode 2

   

La semaine dernière, je vous présentais un extrait d’un article de Zhimei Zhang, auteure de Ma vie en rouge. Suite à son séjour à Beaumont en juin dernier, Zhimei a rédigé un article dans un journal hebdomadaire chinois à Montréal sur son immersion dans la culture francophone au Québec.

Je vous propose de découvrir cette semaine la suite de ses aventures !

Épisode 2

Voyage dans l’inconnu

Deux semaines plus tard, j’ai mis dans ma valise des vêtements sport pour la campagne et j’étais prête à partir pour Beaumont. Ma maison était propre, mon frigidaire vide, et je suis allée souper chez Andy’s au coin de la rue. Manger seule chez moi ne me dérangeait pas, mais dans un restaurant, non. Je me suis assise en face d’une table à trois. Un homme et deux femmes, dont l’une était la femme du propriétaire, discutaient. L’homme parlait fort et sans arrêt, un ti-Jo-connaissant. Un peu assommant, mais je restais absorbée dans mes propres pensées. Je rêvais et je revivais le même sentiment qu’à la veille de quitter la Chine en 1985. Voyage dans l’inconnu. Sauf qu’à ce moment-là, il n’y avait pas de retour possible. Maintenant j’avais une place où je pouvais revenir. « Est-ce que je prends des risques ? » Plusieurs de mes amis pensaient qu’il était audacieux d’aller seule dans un endroit inconnu. Mais une voix intérieure me répétait : « Vas-y. Il n’y a pas de mal à ça. Les portes te sont ouvertes. » J’ai suivi mon instinct. Comme d’habitude.Le lendemain, 30 mai, Nicole, la fille de mon ami Marcel, m’a offert de me conduire à Beaumont. Il faisait beau et nous nous sommes beaucoup amusées pendant les trois heures de route. Arrêt Aux Vieux Puits à Lévis pour le lunch. J’ai essayé d’appeler Alain plusieurs fois, mais sans succès. J’ai revérifié le numéro et la cinquième fois j’ai réussi. Je lui ai demandé la route. « Tout droit au feu rouge clignotant. » Mais à cause de ma compréhension limitée de l’accent québécois, j’ai compris « tourne à droite ». Finalement, nous sommes arrivées à un terrain de camping à l’autre bout du village, et la réceptionniste nous a dirigées chez Alain. Ici tout le monde connaît tout le monde. En arrivant chez lui, j’ai remarqué que le parterre devant la maison me paraissait différent cette fois. Les fleurs étaient écloses.Un symbole représentatifMa chambre avait été rangée soigneusement avec juste assez de meubles. Sur le mur il y avait une mosaïque de Jésus Christ, un poème laminé de Félix Leclerc de 1987 « Interdite La Langue Française au Québec », un encadrement batik d’une femme indienne et un miroir, petit, mais assez grand pour faire voir mes rides. Sur la chaise de cuir, il y avait un jeté bleu et blanc portant le drapeau « fleur de lys » et le mot « bienvenue » dans les deux langues. Était-ce là pour m’accueillir, pour m’annoncer l’allégeance politique du propriétaire, ou pour couvrir la chaise usée ? Il y avait aussi un Shiva sur le buffet. La base de la lampe sur la petite table était une sculpture de bois représentant une vieille femme enveloppée d’un châle et assise à côté d’une horloge Grand-Père qui affichait 11 h 05. Son visage était heureux et charmant, et elle avait l’air perdue dans ses pensées. À côté de la lampe, un petit paquet de bonbons au sirop d’érable. Comment aurait-il pu savoir que je n’aimais pas le sirop d’érable ? Par contre, à mon grand soulagement, il y avait une toilette et une douche en bas.En faisant le tour de la maison, j’ai trouvé plusieurs symboles de la fleur de lys et trois « OUI » sur le mur à côté du piano. C’était le signe du référendum de 1995, au moment où un « oui » ou un « non » à l’indépendance du Québec déterminerait l’avenir de la province et du pays. Les NON ont gagné par une très mince majorité : 50.58% à 49.42%. Assurément, c’était la maison d’un souverainiste, et pourquoi pas. Ça me donnerait une excellente occasion de comprendre pourquoi beaucoup de Québécois aspirent à leur indépendance.PèlerinageBien qu’à la retraite, Alain est maintenant président d’une commission scolaire, et il assiste fréquemment à des réunions. Ne voulant pas me laisser seule, il m’a présentée à Marguerite, la copine de son défunt père. Du même âge que moi, Marguerite est chaleureuse et joviale. Toujours sur la trotte, elle m’a emmenée dans plusieurs de ses tournées avec ses amies. Nous avons visité une douzaine de petites villes et villages. Je suivais le mouvement. Elles parlaient vite et je n’étais pas toujours capable de les suivre, mais c’était un excellent exercice pour mon oreille et j’ai ainsi pu découvrir les sujets qui les intéressaient. Je sais maintenant que les Québécois sont très « famille » et que Marguerite a une collection d’amies dont les noms finissent par « ette » : Hugette, Lucette, Lisette, Louisette, Laurette et maintenant Zhimette.

Notre première sortie fut un pèlerinage à Sainte-Anne-de-Beaupré où nous nous sommes rendues en autobus rouge , baptisé La Québécoise. C’était le lieu de pèlerinage le plus populaire au Nouveau Monde, un site du XVIIe siècle où les gens vouaient un culte à Sainte-Anne et demandaient des faveurs. Des marins naufragés en avaient commencé la construction en 1620 ; la première église a été consacrée en 1658 et la dernière, en 1922. « C’est votre jour de prière » dit Marguerite et vu que le dépliant annonçait des confessions, j’ai imaginé me confesser en chinois. Dieu comprendrait sûrement. C’était censé être une blague, mais alors que nous remplissions une demande de faveur, Marguerite m’a suggéré de l’écrire en chinois, ce que j’ai fait.愿主祝福我周围的人,让梦想成真。  Que Dieu bénisse tous ceux qui m’entourent et qu’il me donne ce que je souhaite. Mais qu’est-ce que je souhaite vraiment de Beaumont ?…Ensuite, nous sommes allées chercher un petit café  Péché Mignon. Jouer avec les mots dans cet endroit sacré m’amusait beaucoup.

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Classé sous: Entrevue d'auteur

Publié par Bloggeur invité à 11:04

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