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nov
20

Zhimei Zhang – « Beaumont : une tache de bleu dans le rouge » – épisode 4

   

La semaine dernière, je vous présentais un épisode d’un article de Zhimei Zhang, auteure de Ma vie en rouge. Suite à son séjour à Beaumont en juin dernier, Zhimei a rédigé un article dans un journal hebdomadaire chinois à Montréal sur son immersion dans la culture francophone au Québec.

Continuons de découvrir cette semaine la suite de ses aventures !

Épisode 4

Mon anniversaire

Pour mon anniversaire, mes enfants et Marcel ont chacun fait livrer des fleurs à Beaumont ; celles de Marcel étaient des roses à longues tiges. Alain est allé dans son jardin couper des lilas violets très parfumés. On a allongé la table en ajoutant le meuble d’ordinateur d’Andréanne, et on l’a couverte avec des nappes assorties. Toutes les chaises de la maison, quelques-unes un peu bancales, ont été mobilisées. L’argenterie et la porcelaine, dormant dans le placard depuis longtemps, ont repris vie. Les gens ont entonné Bonne Fête et Happy Birthday et Marguerite y est allée de la sienne. Naturellement, le Gens du pays de Gilles Vigneault, souvent entendu à l’occasion des anniversaires au Québec, était un must. Marcel avait apporté un gâteau préparé dans une pâtisserie chinoise de Montréal et décoré avec des vœux d’anniversaire écrits en français, anglais et chinois. J’ai dit un mot en français avant le souper : «… Pour la première fois, je ne me sens plus une étrangère parmi les francophones et je suis fière d’être une des vôtres. Mes amis à Montréal m’appellent la Québécoise pure soie ou la Québécoise rouge. » Le repas était constitué d’un trio de poisson, bœuf et poulet, plus deux salades et deux desserts. Il ne manquait que les baguettes et les serviettes rouges. Quel mélange ! Curieusement, je me sentais exactement comme la petite fille adoptée du film Pure Laine, qui dit : « Je suis toute mélangée ! » Elle était Chinoise, son père Haïtien et sa mère, Québécoise blanche. Les gens étaient de bonne humeur ; les membres de la famille, les voisins et les amis parlaient et plaisantaient familièrement, et la boisson aidant, les expressions se sont colorées. Denise (une fois enseignante, toujours enseignante) m’a crié à l’autre bout de la table : « Zhimei, couvrez vos oreilles ! Ces mots vous ne devez ni les entendre ni les apprendre. »

Tant pis, je vous donne quelques exemples. Ils disent : « Il pleut à boire debout », ce qui me fait rire. Par contre, quand je dis « It rains cats and dogs » , ils rigolent.

Pour moi, « Il est ben paqueté », est plus facile à prononcer qu’« ivrogne », mais on m’a bien prévenue de ne pas remplacer le premier par le dernier.

« Violon d’Ingres », est un mot que j’aime parce qu’il me rappelle un instrument de musique, mais je trouve l’expression un peu sophistiquée et académique pour dire hobby.

Sur un T-shirt, « T’a farmes-tu ta yeule » m’a jetée par terre.

Avant que le dernier visiteur ne parte, Chantal, la sœur aînée d’Alain, et Marguerite avaient pratiquement fini de faire la vaisselle. Bientôt, le salon avait retrouvé son ordre initial et il ne restait plus trace de la fête à part les fleurs. Bien que nous ayons reçu 13 personnes un vendredi, combinaison que certains auraient évitée, la soirée était une des plus joyeuses que je n’aie jamais vécue. C’était inoubliable.

Le 49e Congrès eucharistique internationalLe 22 juin, Alain et moi sommes allés à Québec pour assister à un statio orbis à la fin du 49e Congrès eucharistique international sur le site des Plaines d’Abraham là où James Wolfe, général de la Grande-Bretagne a vaincu l’armée française commandée par Louis-Joseph, Marquis de Montcalm le 12 septembre 1759. Combat décisif dans le conflit entre la France et la Grande-Bretagne sur la terre qui deviendrait le Canada. Je n’aurais pas pu comprendre les mots statio orbis si je n’avais pas lu le petit prospectus qui disait : Ces deux mots latins, un peu difficiles à traduire, signifient un arrêt, une rencontre de prière à laquelle sont convoqués les catholiques de toute la terre. Il mentionnait aussi que ces mots avaient été rendus célèbres en 1960, par un renommé professeur de théologie, Josef Ratzinger, qui est devenu le pape Benoît XVI, 45 ans plus tard. Le pape s’était adressé à un rassemblement de personnes qui le voyaient sur un grand écran via le satellite.Même si le temps était fort couvert, nous avons couru le risque, mais en prenant soin d’apporter nos parapluies. Des milliers de gens sont montés sur les Plaines. Dans la procession, il y avait des prêtres et des évêques venus de partout. J’ai vu quelques visages asiatiques, mais je n’étais pas certaine s’ils venaient de la Chine ou d’ailleurs. La Chine n’a pas de relation diplomatique avec le Vatican et les Églises y sont contrôlées par l’Association patriotique catholique chinoise (Chinese Patriotic Catholic Association), la seule bureaucratie de catholiques reconnue officiellement par le gouvernement. La Chine nomme ses évêques sans l’autorisation du pape.Certains prêtres étaient vieux et frêles, et ils marchaient avec une canne. D’autres, plus jeunes étaient bien équipés de gadgets modernes : cellulaires, appareils photos numériques et eau minérale en bouteille. Un prêtre du Québec était facilement repérable avec son chapeau à la fleur de lys.Au moment où la parole télévisée du pape a commencé, la bruine s’est transformée en pluie torrentielle. Nos parapluies se chevauchaient partiellement si bien que l’eau dégoulinait sur nous. Le temps que les rituels initiaux soient finis, nous étions prêts à nous asseoir, mais nos sièges étaient devenus des sacs d’eau. Devant nous, une femme en prière s’est mise à genoux dans la flaque. Mais pour nous, il fallait faire un choix : les fesses ou les genoux mouillés. Je préférais rester debout. Même si nous étions gelés et trempés, Alain a écouté attentivement le pape et, en même temps, il a passé la remarque : « Il a fait une erreur politique, il a dit que c’était le 400e anniversaire du Canada. C’est le 400e anniversaire de Québec. » Le mauvais temps m’a empêchée de me concentrer, je ne me souviens pas de ce que le pape a dit ni en anglais ni en français. « Je ne sais pas comment ils vont donner la communion à ces milliers de gens, » dis-je à Alain. « Peut-être vont-ils l’envoyer du ciel par hélicoptère, » dit-il sur un ton perplexe. L’évêque a lancé dans les haut-parleurs : « Nous avons reçu une grande bénédiction du ciel. » Autre perspective. Des dizaines de prêtres distribuaient l’eucharistie, un acolyte derrière chacun d’eux tenant un parapluie agité par le vent. Les prêtres étaient mouillés, mais « le corps du Christ » restait sec. Après, les gens se sont enfuis dans toutes les directions dans une mer d’imperméables et de parapluies multicolores.La visite des trois J

Jacques, sa femme Jeanne et Jacqueline, une amie de Québec sont venus me visiter dans leur voiture, une Jaguar noire. Les trois J avaient l’air distingués. « Ce sont des amis de Zhimei ? » demandait Alexandre. La voiture l’a impressionné. Pour Jacques, mon ancien patron de SNC-Lavalin, c’était revenir chez lui. Il a habité dans la région de La Pocatière pendant deux ans (1960-1962), comme directeur de projet pour la construction des lignes de transmission de Lévis à Rivière-du-Loup. Ce projet a fourni du travail à beaucoup de gens de l’endroit certes, mais malheureusement, ces lignes de transmission passent de chaque côté du Manoir Beaumont, hôtel du patrimoine, 4-étoiles et joyau caché, et en masquent l’apparence.

Jeanne et Jacqueline aimaient le jardin d’Alain, bien entretenu et tout simple. Le petit bassin rempli de poissons qui jouaient à cache-cache parmi les roches ajoutait au charme. Alain m’a expliqué plus tard l’origine du bassin : un jour, fortement contrarié, en arrivant à la maison, il avait creusé un trou dans le jardin. Était-ce pour évacuer la vapeur ou bien pour y ensevelir le patron ? Aujourd’hui, le bassin est devenu un endroit où on peut méditer en paix.

Les visiteurs nous ont invités à souper au restaurant-bar L’Escalier à Lévis en face de Québec, ainsi surnommé parce que, juste à côté, il y avait un escalier de 250 marches, peintes en rouge. Marguerite avouait qu’elle était complètement hors d’haleine après avoir monté et descendu les fameuses marches. Elle était choquée d’entendre un vieil homme dire, « Je les monte les descends quatre fois et je me sens bien. »

Après le souper, nous avons regardé Le Moulin à Images de l’autre côté du fleuve. Des rayons laser projetaient une histoire condensée de Québec sur les murs de ciment des vieux silos le long du fleuve. De loin je discernais les silos et les couleurs des lumières, mais les images étaient confuses. Il me semblait que Jeanne, cependant, pouvait très bien voir de loin. « Oh, c’est le combat sur les Plaines d’Abraham… Avez-vous vu les flammes ?… c’est le Parlement … les chevaux courent … oui, oui, à la droite … c’est Edith Piaf … et l’autre Félix Leclerc… » Elle continuait pendant que moi, je ne voyais rien. Je pense que nous devrions en changer le nom pour Le Moulin à Imagination,  car l’imagination de Jeanne me dépassait. Jacques était hypnotisé par la beauté de la ligne lumineuse des toits de Québec, et il a pris des photos de différents angles pour s’assurer que les lignes de transmission au premier plan n’obstruent pas les images. Alain a formé un télescope avec ses doigts pour mieux voir. Moi, j’aurais souhaité avoir une paire de vraies jumelles.

Jacques, Jeanne et Jacqueline sont partis à temps pour prendre le traversier à Québec. Nous avions tout eu : le beau temps, le souper gastronomique, le vin et, par-dessus tout, la compagnie des trois J.

Suite et… fin la semaine prochaine !

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Classé sous: Entrevue d'auteur

Publié par Bloggeur invité à 9:30

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