JUSTE POUR LIRE
Une initiative supportée par Québec Loisirs et Place du livre
"L'écrivain est celui qui cherche autant en lui qu'en les autres", Antonio Soler
Que vous soyez passionné de lecture, libraire ou acteur dans le milieu du livre, ce blogue est pour vous ! Vous y trouverez entre autres des critiques de livres, des portraits d’auteurs, de l’actualité littéraire, des entrevues d’auteurs et des descriptions de livres.

Qui sont les blogueurs ?

Audible.fr
Commentaire des membres du club Québec Loisirs

Quels sont les sujets abordés ?

Vous aimez la lecture?

Qu'est-ce que je trouve chez Québec Loisirs ?


Quels sont les sites à aller voir ?

nov
28

Tant que je serai noire

   

Tant que je serai noire

Aujourd’hui, je vais vous parler de Tant que je serai noire, de Maya Angelou qui est l’autobiographie d’une femme admirable qui a particulièrement marqué son époque.

France-Hélène Bédard de Canoé nous fait part de son avis :

« Maya Angelou raconte sa vie riche en rebondissements avec authenticité et sans complaisance. Cette existence dévouée à l’égalité et à la liberté se distingue par une déterminante implication politique, culturelle et sociale. Son odyssée captivante, qui se situe entre les années 1957 à 1964, raconte ses années effervescentes de l’affirmation des droits des Noirs en Amérique et en Afrique. Il s’agit du deuxième volume de son autobiographie qui en compte cinq.

Les années relatées ici sont intimement liées aux événements de la vie intellectuelle de Harlem à cette époque. Maya Angelou assure sa survie en chantant et en dansant. En parallèle à cette vie exigeante, elle se consacre à son vrai métier : devenir écrivaine.

La lutte pour les droits des Noirs demeure sa grande passion. Elle y consacrera toute son énergie et son intelligence et sa participation à cette révolution va transformer sa vie personnelle et donner à ces événements chaleur, profondeur et vérité.

À travers les pages de sa biographie, l’auteur relate ses rencontres avec des figures marquantes de cette époque : Martin Luther King, Malcom X, Billie Holiday et plusieurs autres. Elle raconte sur ces personnages plus grands que nature, des anecdotes savoureuses qui leur donnent toute leur humanité.

Maya Angelou élève seule son fils et tente de lui inculquer la fierté, l’autonomie, le respect et l’esprit contestataire. Elle réussit cet exploit malgré la pauvreté et son jeune âge au moment de sa naissance. Son union avec Vusumzi Make, combattant pour les droits des Noirs Africains du Sud, l’entraîne vers d’autres aventures en Afrique. Elle se consacre alors au journalisme.

La qualité littéraire de l’œuvre n’est pas le principal intérêt du livre, qui réside plutôt dans le récit marquant d’une époque de grande lutte sociale à travers lequel Maya Angelou nous raconte avec humilité et modestie les joies et les difficultés de sa vie. Son humanité et ses questionnements nous rendent encore plus attachante cette grande militante.

Nathalie Petrowski de La Presse a rencontré Maya Angelou :

Maya Angelou habite la 120e rue à Harlem, à un jet de pierre du boulevard Malcolm-X. Sa maison en grès sang-de-boeuf est typique des maisons en rangée du quartier, en cela qu’elle a connu plusieurs vies, quelques morts et au moins une résurrection. Maya Angelou revient ici aux deux mois, s’occuper de ses affaires. Le reste du temps, elle habite une vaste maison en Caroline-du-Nord, non loin de l’Université Wake Forest, où elle enseigne la littérature.

Une assistante vient ouvrir la porte en chêne massif et m’entraîne dans le vestibule, où la moquette est si épaisse que je pourrais m’y enfoncer jusqu’au mollet. Dans le hall, les couleurs explosent sur les murs ornés de dizaines de tableaux aux teintes éclatantes. La maison est cossue, mais chaleureuse et accueillante. Maya Angelou m’attend au bout de la grande table de la salle à manger. Cette figure imposante de près de six pieds a traversé le XXe siècle avec vigueur et audace, milité auprès de Martin Luther King comme de Malcolm X, lutté pour les droits des Noirs en Afrique-du-Sud avant de se mettre à raconter, sur les conseils de James Baldwin, l’histoire de sa vie en six volumes, de devenir l’idole de plusieurs générations de Noirs et la reine incontestée du cœur d’Oprah Winfrey. Reste que, à 80 ans, cette femme dont l’anniversaire tombe le jour de l’assassinat de Martin Luther King et qui a vécu plusieurs vies a de la difficulté à respirer et encore davantage à se mouvoir.

La maladie la cloue à son fauteuil et à une bonbonne d’oxygène. Elle n’a pas pour autant perdu sa vivacité d’esprit, son sens de l’humour ni ce sourire marqué par la douceur et la bonté, deux qualités héritées de sa grand-mère paternelle, le personnage central de son enfance et du premier tome de son autobiographie, Je sais pourquoi chante l’oiseau en cage.

En lisant ses écrits autobiographiques, impossible de ne pas être frappé par la candeur qui s’en dégage.

«La candeur, pour moi, c’est une forme d’intelligence. Et je ne parle pas d’un truc intellectuel mais bien d’une intelligence instinctive et innée. Les Afro-Américains appellent cela le motherwit, l’intelligence qu’on a dans le ventre de sa mère. Et puis, être franc, c’est savoir que, si tu mens, tes mensonges vont te rattraper tôt ou tard. Moi, je veux dire la vérité. Pas les faits. Les faits peuvent parfois nous empêcher de voir la vérité. Plus il y en a, moins on a de chances de se rendre à la vérité. Moi, c’est la vérité qui m’intéresse.»

Ce besoin impérieux de dire SA vérité est ce qui a poussé Maya Angelou à raconter, dans le premier volet de son autobiographie, l’épisode qui a brisé son enfance : son viol à 8 ans par le compagnon de sa mère, viol qui s’est soldé par un procès où l’agresseur a été acquitté puis battu à mort par les frères de sa mère. Après le drame, Maya Angelou est retournée, avec son frère Bailey, vivre chez sa grand-mère, qui tenait un magasin général en Arkansas. Pendant six ans, elle a refusé de parler, sauf à son frère.

«C’est évident que si ce drame n’était pas arrivé, je serais une autre femme. Laquelle ? Je l’ignore. Je reviens sur le sujet du viol dans mon nouveau livre, Letter to my Daughter. Vous savez, la tendance, aujourd’hui, c’est de dire que le viol n’est pas un acte sexuel mais un abus de pouvoir commis par un agresseur impuissant. Bullshit. Le viol est d’abord un acte sexuel, d’une vulgarité sans nom.»

Maya Angelou cesse subitement de parler et sort son appareil pour respirer comme si ce souvenir douloureux venait de lui couper l’air. Au bout d’un instant, elle reprend le fil de sa pensée.

«Ce que cet événement dramatique m’a appris, c’est à pardonner mais non à oublier. Et pardonner m’a fait le plus grand bien parce que ça m’a libérée du poids du blâme. Longtemps, je me suis blâmée. Et quand mon agresseur a été battu à mort, par ma faute en quelque sorte, ç’a été encore pire. C’est pour ça que j’ai arrêté de parler. Mais le jour où j’ai compris que peu importe quelle petite fille il aurait trouvée sur son chemin, il l’aurait violée, ça m’a délivrée. J’ai compris que je n’y étais pour rien.»

La scène du viol, ainsi que les deux autres scènes où l’agresseur séduit la petite Maya, sont écrites avec une candeur retenue et touchante. Il n’y a rien de scabreux dans la description et pourtant c’est à cause de ces passages que Je sais pourquoi chante l’oiseau en cage, qui a été publié en 1969, est encore banni dans plusieurs États américains.

«Ce qui est absurde, c’est qu’en même temps que ce livre est banni, il est une lecture obligatoire dans la plupart des universités. En ce qui me concerne, ça devrait être le cas partout et pour tout le monde, surtout pour les enfants, qui devraient être libres de lire ce qui leur chante. Laissez-les prendre d’assaut les bibliothèques. Aux parents et aux profs de leur expliquer ce qu’ils ne comprennent pas.»

Tags: ,
Classé sous: Description d'un livre, Entrevue d'auteur

Publié par Stéphanie à 9:30

Laisser un commentaire

Un blogue, c'est quoi ?
C'est un espace dans lequel vous pouvez lire des articles, discuter avec des internautes, donner votre avis, échanger des informations.
Ici, ça vous donne des idées de lectures !
Place du livre

Quelles sont les archives ?

J'ai des suggestions !

Quels sont les blogues à découvrir ?

Place du livre Québec Loisirs
Copyright © Québec Loisirs, Place du livre - Tous droits réservés | Contact