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Entrevue avec Martine Ayotte

   

0704308_106.jpgAujourd’hui, j’aimerais vous parler de Martine Ayotte, auteure de La proie.

L’enfer, Martine Ayotte l’a connu. Souvenirs d’abus sexuels, de violence physique et psychologique… son père lui a laissé un goût très amer de son enfance et de son adolescence. Après 20 années de silence, l’auteure dénonce enfin l’inceste de son père pour se libérer, peut-être un peu, de ces images affolantes qui ne cessaient de la hanter et qui minaient sa vie. Une décision qui sera malheureusement lourde de conséquences pour elle, puisqu’elle devra raconter dans les moindres détails les événements douloureux et traverser la longue et pénible démarche judiciaire qui, étrangement, semble favoriser l’agresseur plutôt que la victime. Mais dans toute cette histoire, Martine Ayotte affrontera le pire : l’abandon de sa famille qui refusera de voir la vérité.

Martine Ayotte est l’exemple même de la persévérance et du courage. Après s’être fait voler son enfance, elle a tout de même réussi à fonder une famille et à vivre sa vie comme elle le désirait. Elle a obtenu un baccalauréat en récréologie de l’UQTR et une maîtrise en Développement régional de l’UQAT, lui permettant d’exercer par la suite les métiers d’animatrice socioculturelle et de directrice des relations à l’UQAT.

Il va sans dire que ce récit d’une dénonciation pourra aider de nombreuses personnes qui ont vécu ou qui connaissent une personne aux prises avec ce problème, hélas, trop fréquent.

martineayotte.jpgJ’ai fait une entrevue avec Martine Ayotte récemment. Je vous propose d’en découvrir un extrait :

Tout au long du procès, vous avez été soutenue par les intervenantes du CAVAC, un centre d’aide aux victimes d’actes criminels. Comment cet organisme vous a-t-il aidé ?

Le CAVAC a toujours été présent et l’est encore aujourd’hui. Les intervenants ont toujours été à l’écoute de mes besoins. Les intervenants nous accompagnent tout le long du processus et nous informent sur tout ce qui se passe. Ils nous nourrissent d’informations et nous aident à en comprendre les nuances. C’est un organisme essentiel car parfois j’étais tellement prise par mes émotions que je n’entendais pas les informations. Les intervenants qui prenaient tout en note pouvaient me les répéter aussi souvent que nécessaire pour que j’assimile cette information. Ils sont présents avec nous lorsque nous rencontrons les policiers, les enquêteurs, le procureur de la couronne. Et comme une présence rassurante, il chemine avec nous et nous accompagne chaque fois que nous devons nous présenter à la cour. Ils ont également complété pour moi une demande d’aide pour les victimes d’actes criminels (IVAC) que j’étais incapable de compléter, j’étais trop démolie et trop fatiguée pour faire des démarches. Heureusement pour moi puisque les séquelles trop importantes dont le syndrome du choc post-traumatique m’empêchent de retourner sur le marché du travail, l’IVAC m’aide financièrement.

Les victimes sont-elles suffisamment prises en considération dans le système judiciaire ?

Non. Malheureusement dans le système judiciaire actuellement les victimes n’ont peu ou pas de droit. L’agresseur a tout les droits. Je tiens par contre à faire une distinction importante, c’est le système qui est défavorable et non pas les personnes qui y travaillent. J’ai été très soutenue et appuyée par les policiers et la procureure de la couronne. Mais au niveau du système il y a beaucoup à faire. Comme le criminel est considéré innocent jusqu’à preuve du contraire, il n’a pas à prouver son innocence. Ce qui fait que la victime devient rapidement la coupable. La victime n’a qu’un seul droit réel, celui de pouvoir garder son dossier médical secret mais dans les faits, c’est un faux droit car l’avocat de la défense peut argumenter que le fait de vouloir cacher des infos suppose que vous n’êtes pas tout à fait blanche de tout reproche. La victime n’a plus rien de personnel, tout est dévoilé. L’agresseur a le droit de tout voir et tout lire alors que l’inverse est faux. De plus la preuve est immuable et fixe. Ce qui veut dire que dès le moment où la preuve est déposée, elle ne peut plus être modifiée. L’agresseur a accès à cette preuve. La victime et la couronne n’ont accès à aucune documentation, ce qui fait que si l’agresseur ment et que la victime a une preuve concrète que ce dernier ment, elle ne peut plus déposer la preuve ou la soumettre au juge. La victime est toujours accusée de ne pas être crédible et toutes les attaques sont permises alors que l’inverse (face à l’agresseur) est illégal, car lui est considéré comme innocent !

Comment avez-vous appris à aimer ? À faire confiance ?

C’est une question difficile à répondre pour moi. Je croyais que j’étais indigne et sale. J’étais convaincue que jamais personne ne m’aimerait. Alors lorsque j’ai rencontré mon mari, je ne comprenais pas. Une immense gratitude envers un homme qui pouvait m’aimer même si j’étais sale m’a habitée durant de nombreuses années. J’étais incapable de voir ma valeur. J’ai commis des erreurs en m’oubliant entre autre et en oubliant que j’avais droit moi aussi d’avoir des rêves et de les réaliser. Je donnais tout à mes enfants et à mon mari, jusqu’à ce que je comprenne que je faisais fausse route. De nombreuses thérapies m’ont aidée à mieux me percevoir et à atteindre un équilibre dans mon couple. Pour la confiance, cela aussi a été très long. Je ne voulais jamais que mon mari s’occupe des enfants surtout la nuit et j’étais persuadée qu’il m’abandonnerait un jour. Il a fallut d’abord apprendre à m’aimer et à me respecter pour bien saisir ces notions. Pour mes enfants, l’amour a été inconditionnel dès le premier regard et je me suis jurée que jamais ils ne subiraient ce que j’avais subi. J’étais très louve comme mère.

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Classé sous: Entrevue d'auteur

Publié par Stéphanie à 9:30

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