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"L'écrivain est celui qui cherche autant en lui qu'en les autres", Antonio Soler
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Des « Élus » parlent de leur passion

   


Pourquoi choisit-on d’écrire des livres de science-fiction ou de fantasy ? C’est la question que Radio-Canada.ca a posée à six écrivains.

Trois Français et trois Québécois, quatre hommes et deux femmes. Tous ont participé activement au 67e Congrès de science-fiction, baptisé Anticipation 2009, qui se tenait à Montréal, jusqu’à 10 août.

Un profil se dégage des entretiens menés avec les Français Pierre Pevel, Anne Guéro (Ange) et Laurent Genefort, ainsi qu’avec les Québécois Élisabeth Vonarburg, Jean-Louis Trudel et Yves Meynard. Ils sont tous passés « de l’autre côté du miroir » soit pendant l’enfance soit à l’adolescence.

ascensionSerpent
Laurent Genefort est non seulement écrivain, mais il travaille aussi dans le domaine du jeu vidéo et il est responsable de la réédition des classiques de la science-fiction aux éditions Bragelonne. Ce jeune quadragénaire, qui lance L’Ascension du serpent à Montréal, a découvert la fantasy quand il était tout petit.

J’étais encore à l’école primaire quand j’ai commencé à en lire, à une époque où personne ne savait ce que c’était. Le mot même fantasy était inconnu, d’ailleurs.

— Laurent Genefort

Pour le Québécois Jean-Louis Trudel, qui enseigne l’histoire des sciences, l’irruption du futur dans sa vie a été beaucoup plus précoce.

Ma mère, avant que je sache lire, me lisait une bande dessinée dans le journal Tintin : Danny Futuro.

— Jean-Louis Trudel

Votre dernier roman débute par «Où commence l’aube ?» Est-ce une question que vous vous êtes aussi souvent posé ?

suprematie
Par la suite, il est tombé sur le roman Space Cadet, de Robert Heinlein, quand il était en 4e ou 5e année, dit-il. Ce roman a véritablement déclenché la vocation de cet écrivain de science-fiction, qui lance, avec Yves Meynard, deux ouvrages sous le pseudonyme de Laurent McAllister, Les Leçons de la cruauté et Suprématie. Le premier aux éditions québécoises Àlire, le second chez Bragelonne.

Pour leur part, Anne Guéro et Pierre Pevel, deux auteurs de fantasy, et Élisabeth Vonarburg, écrivaine de science-fiction, ont fait la rencontre du merveilleux plus tard.

ayesha

La première a écrit avec son ex-mari, Gérard Guéro, sous le pseudonyme d’Ange, une trilogie baptisée Ayesha et auréolée du titre de « l’Å“uvre la plus ambitieuse et la plus réussie de la Fantasy épique française », que lui a décerné le quotidien Le Monde. Elle arrive à Montréal avec le premier tome de la nouvelle trilogie du duo, Le Grand Pays. Elle avait autour de 12 ans quand quelqu’un lui a offert le premier tome du Seigneur des anneaux.

Vous ne pouvez pas vous rendre compte du choc : je l’ai dévoré, j’étais en vacances. J’ai appelé ma mère en disant: « Est-ce que tu peux essayer de trouver le deuxième tome ? »
— Anne Guéro, du duo Ange

Pierre Pevel se consacre entièrement à la littérature, comme Anne Guéro, qui est aussi scénariste.

J’ai la quarantaine. Donc, j’avais 11 ans quand La Guerre des étoiles est sortie au cinéma. J’ai découvert la littérature de fantasy dans mon adolescence, bref dans les années formatrices, comme on dit. Je pense que ç’a vraiment imprégné mon imaginaire.
— Pierre Pevel

Élizabeth Vonarburg, invitée d’honneur d’Anticipation 2009 et auteur de Sang de pierre, est aussi écrivaine à part entière. La science-fiction est arrivée dans sa vie à 15 ans, par hasard, dit-elle.

Yves Meynard, l’autre moitié de Laurent McAllister, est informaticien. Il publie en solo L’Enfant des Mondes Assoupis aux éditions Àlire. Lui aussi a commencé à lire très jeune, sans préciser le moment où il a découvert la fantasy et la science-fiction.
Bien vite, je me suis rendu compte que c’était ce genre de livres là que je préférais lire, de sorte que c’est un peu naturel de vouloir reproduire ce qu’on a tellement aimé.

 

— Yves Meynard

Ça, c’est le second trait caractéristique du profil de l’écrivain de science-fiction ou de fantasy. Il écrit pour prolonger le plaisir de la lecture.

En général, on aime écrire ce qu’on aime lire.

— Jean-Louis Trudel

J’écris pour prolonger le plaisir de lecture.
— Laurent Genefort


Pierre Pevel aime autant la fantasy que le roman de cape et d’épée, ou le feuilleton comme les Français en écrivaient à la fin du XIXe ou au début du XXe siècle.

J’ai le désir de refaire ce qu’ils ont fait, ou de revisiter ces genres-là.

— Pierre Pevel

Le romancier a découvert Les Trois Mousquetaires, d’Alexandre Dumas, peu avant 20 ans. Il ne cache pas son admiration pour ce roman, et c’est en hommage à son auteur qu’il a introduit de la fantasy dans Les Lames du Cardinal, son dernier opus.

C’est tellement fort que chacun, à sa manière, affirme ne pas avoir eu le choix.

Pour moi, c’était presque une obligation. C’est difficile pour moi d’écrire autre chose.

— Yves Meynard

Je n’ai pas choisi la fantasy, je pense que la fantasy m’a choisie.

— Anne Guéro

Pierre Pevel lui fait écho en disant sensiblement la même chose. Elisabeth Vonarburg, elle, va plus loin.

Je suis tombée dans la science-fiction par chance. Mais j’ai choisi d’y rester.
— Elisabeth Vonarburg

Car tous ont fait ce choix bien qu’ils entendent souvent dire que la science-fiction ou la fantasy, ce n’est pas de la littérature.

Qu’est-ce donc qui les fait carburer ? Pour chacun, c’est différent. Et pourtant semblable. Ils aiment la liberté de créer que leur laissent les deux genres. Laurent Genefort éprouve un plaisir démiurgique à créer des mondes, que ce soit en science-fiction ou en fantasy. Pour Pierre Pevel, recréer le monde, c’est y introduire, sans jamais le justifier, du merveilleux. C’est infester l’histoire de Richelieu de dragons. Anne Guéro écrit principalement de la fantasy parce qu’elle adore le conte.

Pour les deux littératures, on perçoit un monde qui est différent du nôtre, et ça donne un éclairage différent sur celui qu’on connaît.
— Yves Meynard

Statistiquement parlant, les gens qui sont dans la science-fiction ont tendance à être des misfits ou des marginaux. Des gens qui se sont sentis différents pour une raison ou une autre.
— Élisabeth Vonarburg

Et le lecteur ou la lectrice dans tout ça, sont-ils marginaux ? Si oui, ils étaient 3400 marginaux à hanter les couloirs du Palais des congrès. À la recherche d’une planète pour en abattre le régime suprématiste, de fourbes dragons dissimulés parmi les humains, d’un petit Chaperon rouge déjanté, d’une capsule de sauvetage, d’un petit prince condamné au suicide et autres personnages tous plus merveilleux ou plus tordus les uns que les autres.

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Classé sous: Actualité littéraire, Entrevue d'auteur

Publié par Stéphanie à 9:30

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