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Hell.com de Patrick Senécal : portail vers l’enfer

   

patrickSenecal

Y’a pas à dire, Patrick Senécal est sur une bonne lancée. Avec deux films tirés de ses livres et un percutant nouveau roman en librairie jeudi, l’écrivain sera partout dans les prochains mois.

Ce maître du roman d’horreur québécois verra deux de ses livres portés à l’écran après Sur le Seuil en 2003. Le film réalisé par Éric Tessier avec Michel Côté et Patrick Huard avait fait très bonne figure, confirmant que le cinéma québécois peut aussi se frotter au cinéma fantastique et d’horreur.

C’est d’ailleurs ce même Éric Tessier qui a réalisé 5150, rue des Ormes, qui sera en salle le 9 octobre. Le film est tiré du roman écrit par Senécal en 1994 et réédité chez Alire en 2001. Ce thriller, qui raconte le cauchemar d’un jeune homme pris dans la maison d’un psychopathe mettra entre autres en vedette Marc-André Grondin et Normand D’Amour.

Quelques mois plus tard, en février, ce sera au tour du roman Les sept jours du talion d’être porté à l’écran par Podz, le brillant réalisateur de la série Minuit, le soir. Dans la distribution de ce thriller psychologique qui raconte la vengeance d’un père contre l’assassin de sa fille : Claude Legault, Rémy Girard, Martin Dubreuil et Fanny Mallette. Ça promet.

«Le film Sur le seuil m’avait apporté un nouveau public. J’avais déjà mon noyau de lecteurs, mais c’est sûr qu’un film incite des gens à découvrir mes livres», explique Patrick Senécal, qui se réjouit de la sortie des deux adaptations dont il signe le scénario.

Mais assez parlé de cinéma : d’ici la sortie de ce doublé, Senécal a du nouveau entre les pages. Hell.com, un thriller aussi captivant que dérangeant. Le Soleil s’est entretenu avec l’auteur de son sombre nouveau bébé, qui fera peut-être, qui sait, un bon film un jour.

leVide
Il y a deux ans, Patrick Senécal explorait avec Le vide la téléréalité poussée à l’extrême. Dans Hell.com, Internet devient le catalyseur des pires horreurs. Autre exploration d’un phénomène de société, même redoutable efficacité à nous foutre la trouille à chaque page de cette brique, véritable passeport pour l’enfer.

Ce n’est pas notre premier entretien avec Patrick Senécal. Et chaque fois, la même réflexion nous vient en tête : comment des scènes si monstrueuses peuvent-elles sortir de l’ima¬ginaire d’un homme aussi sympathique et affable que Patrick Senécal ?

Le commentaire fait sourire l’écrivain de 42 ans. «Les gens qui aiment mes livres me disent combien ce que j’écris est fucké. J’explore des questions sombres que je ne suis pas le seul à me poser. J’aime faire vivre notre noirceur interne par procuration», explique Patrick Senécal au bout du fil.

Et Dieu sait (et le Diable aussi!) combien il y plonge, dans la noirceur avec Hell.com, son petit dernier de 560 pages qui sera en librairie jeudi.


Dans son septième roman, Senécal nous présente Daniel Saul, un milliardaire de l’immobilier de 43 ans, divorcé depuis six ans, père d’un ado de 16 ans. Il est riche, il est beau, il a du pouvoir. Il fréquente les cocktails mondains et les clubs échangistes, histoire de se désennuyer un brin. Il a ses zones d’ombre, aussi, et des secrets du passé qui resurgiront lorsqu’il rencontre Martin Charron, qu’il a connu au collège. Devenu prospère investisseur, cet ancien souffre-douleur au physique ingrat incite Daniel à pousser plus loin son exploration de ses pulsions sexuelles. Partou¬zes, soirées sadomasochistes et, surtout, cet étrange site Internet, Hell.com. Un site illégal con¬trôlé par des mafias internationales et réservé à une élite. Moyennant un demi-million de dollars, les riches blasés de la planète y ont droit à une liste proposant des activités sexuelles et d’ultra-violence les plus sordides qu’on puisse imaginer. Et qui n’ont rien de virtuel. Battre un sans-abri, embaucher un tueur à gage, acheter une esclave sexuelle, participer à une séance de torture, on en passe et des bien pires, tout est possible pour le monstrueux club select de Hell.com. On pense à Fight Club, à Orange mécanique ou à American Psycho, d’autres Å“uvres qui exploraient le thème de la violence réduite à l’état de sinistre «passe-temps» pour une élite en mal de sensations fortes.

Bien au-delà du sexe, Daniel plongera ainsi dans le pire de lui-même par des activités immorales dans lesquelles il risque de perdre son âme. À moins qu’il ait envie de la sauver avant qu’il ne soit trop tard.

Les thèmes du pouvoir, de la vengeance, de l’argent et de la soif de domination se retrouvent dans Hell.com. «J’aime explorer des personnages qui ont l’impression qu’une vie normale est insuffisante. Partout, on veut nous convaincre que se contenter de la normalité et du quotidien, c’est être un loser», estime Patrick Senécal.

Et être un perdant, c’est la hantise de son personnage Daniel Saul. L’argent lui permet d’assouvir ses plus bas instincts et d’exercer son pouvoir? Pourquoi ne pas en profiter, l’incite sans cesse le personnage de Charron, le Diable en personne, un être brisé dans sa jeunesse et en perpétuelle vengeance depuis. Lui, son âme, il l’a perdue il y a belle lurette.

Quant au personnage de Daniel, il a beau aller loin, Senécal réussit à lui insuffler assez d’humanité pour qu’on le suive dans son escalade de la violence qu’il ne cesse de rationaliser, ce qui provoque chez le lecteur un sentiment de complicité porteur d’un malaise certain, mais ô combien efficace. «Le but est qu’au début, on s’identifie à Daniel. Il est égoïste, pas particulièrement sympathique, mais il a de la répartie, on est tout de même attiré par lui, jusqu’à ce qu’il aille trop loin», explique Patrick Senécal.

Et sans en révéler davantage, disons que Daniel Saul se verra con¬fronté à une prise de conscience salvatrice.

Une dose de bien que Patrick Senécal juge essentielle. «Mes romans ne sont pas moralisateurs, mais moralistes. Je pose des questions extrêmes auxquelles il serait irresponsable de ne pas donner de réponses, explique l’auteur. Je ne peux pas refuser de me mouiller, de ne pas dire ce que j’en pense.»

Derrière ce thriller de fiction dans la pure tradition se trouve donc un constat sur la société, mais aussi sur un certain triomphe de l’âme, au-delà des croyances religieuses. «Dans mon roman, je suis pessimiste pour la société, mais optimiste pour l’individu», résume Senécal.

Constat aussi sur les possibilités qu’offre le Web. «Si le Diable existait, il passerait par Internet!» lance Patrick Senécal. Bien sûr, un site comme Hell.com n’existe pas. Enfin, espérons. Mais Senécal est assuré que le sordide monde virtuel qu’il a imaginé n’est peut-être pas si loin de la réalité. «Il y a des gens qui font de l’argent avec la violence, la pédophilie. Chaque fois que quelqu’un se branche sur un site de filles toutes nues, il oublie ce qui se passe derrière ces images. Internet déculpabilise et rend complice. Je voulais que mon personnage en prenne conscience», conclut-il, prenant bien soin de ne rien dévoiler de sa terrifiante intrigue.

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Classé sous: Actualité littéraire, Entrevue d'auteur

Publié par Stéphanie à 14:23

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